UN
SURVOL DES LOIS
DE LA BALISTIQUE |
J.J. Dorrzapf
II
- LA BALISTIQUE INTERIEURE (Suite)
II
- 2 -LES POUDRES
Comme
nous l’avons suggéré plus haut, les
poudres sont des substances explosives dont la réaction
de combustion, c’est à dire le dégagement
de leur énergie, est suffisamment faible (au regard
d'autres types d'explosifs) pour être utilisées
à des fins de propulsion. Ces substances se transforment
selon le régime de la déflagration. Leur vitesse
de transformation linéaire est de l'ordre de quelques
centaines de mètres par seconde.
Ce
comportement explosif est généralement dû
à une combustion, soit une réaction d'oxydoréduction.
La particularité tient à ce que, dans cette
réaction, l'oxygène nécessaire à
la combustion n'est pas emprunté à l'air ambiant
(la réaction serait trop lente) mais se trouve intégré
à l'intérieur de la poudre, voire de la molécule
active. Ceci explique la vitesse de la réaction.
• La poudre noire
 |
L’auteur
arabe Ab Allah aurait, le premier, fait mention du
salpêtre (13ème siècle de notre
aire). Tout laisse à penser que les chinois
l’inventèrent à une époque
ancienne et s’en servaient pour les feux d’artifice.
Pratiquement à la même époque,
Roger BACON, aurait donné une formule de la
poudre noire.
L’histoire nous laisse surtout le souvenir du
moine allemand, Berthold SCHWARZ, qui aurait perdu
la vie en tentant de l’utiliser comme moyen
de propulsion dans les bombardes. Une légende
qui prétendrait que le Diable en rit encore.
La
poudre noire est un mélange de nitrate de potassium
ou parfois de sodium, de soufre et de charbon de bois.
Les proportions de ces divers éléments,
broyés très finement, étant variables
selon la vivacité recherchée, on devrait
plutôt parler " des poudres noires ". |
L'histoire
semble avoir retenu la triste date, pour la France, de la
bataille de Crécy (1346) en ce qui concerne l'apparition
de la poudre noire sur le champ de bataille.
Les Anglais devaient posséder deux ou trois canons
qui se firent remarquer de la troupe et des observateurs
plus par leur bruit que par leur efficacité car,
comme ces derniers purent le constater, une fois remis de
leurs émotions : " Le Seigneur et la douce Vierge
Marie en soient loués, ils ne blessèrent ni
homme, ni femme, ni enfant ".
Elle
aura été utilisée pendant près
de cinq siècles, jusqu’à ce que M. VIEILLE
invente les poudres sans fumée (poudres à
la nitrocellulose).
La
poudre noire n’est plus utilisée de nos jours
sauf par les tireurs sportifs aux armes anciennes et par
certains fabricants de cartouches à projectiles en
caoutchouc.
• Les
poudres modernes (dites sans fumée)
On
les appelle assez souvent " poudres sans fumée
" bien qu’elles ne soient pas des poudres et
qu’elles ne soient pas vraiment sans fumée.
Dans ces produits propulsifs, on utilise les propriétés
explosives de la nitrocellulose, substance obtenue par l’action
de l’acide nitrique sur le coton.
Par
nature, la nitrocellulose est un explosif, donc inutilisable
en l’état. Pour lui conférer une combustion
lente, en contrôler la vitesse et lui assurer une
bonne stabilité, on gélatinise la nitrocellulose
avec un mélange éther-alcool.
• Poudres
simples bases et multibases
Il
existe deux grandes familles de poudres sans fumée
: les "simples bases " et les " multibases
".
Dans les poudres simple base, le seul produit actif est
la nitrocellulose. Tous les autres produits présents
dans la composition ont incorporés uniquement en
vue d'assurer la stabilité et le contrôle de
la vitesse de combustion.
Dans
la famille des poudres multibases, on distingue les poudres
" double base " et les poudres " triple base
". Dans ces deux types de poudres multibases on ajoute
de la nitroglycérine qui augmente le niveau énergétique
de la poudre.
Les
poudres " double base " produisent moins de fumée
et ont un meilleur rendement énergétique.
Elles présentent cependant l’inconvénient
d’éroder plus rapidement les canons du fait
de leur température de combustion très élevée.
Pour
pallier cet inconvénient et retrouver les qualités
des poudres " simple base ", tout en conservant
la fabrication aisée des poudres " double base
", on ajoute une troisième base, la nitroguanidine.
On obtient une température de combustion semblable
à celle des " simple base " tout en conservant
un grand potentiel propulsif.
• Les
" poudres " se présentent sous forme de
grains
Contrairement
à leur appellation, les poudres se présentent
sous forme de grains de formes variées. La combustion,
donc le dégagement des gaz s'effectue à la
surface des grains. On comprend aisément que plus
la surface du grain est importante plus la quantité
de gaz se dégageant en un temps donné sera
élevée. La forme des grains de la poudre,
outre sa composition chimique, influe grandement sur sa
vivacité (c'est à dire sa vitesse de combustion).
• Influence
de la forme des grains
Pour
une quantité de matière donnée, la
forme géométrique présentant la surface
minimale est la sphère. Partant de cette limite inférieure,
on donne aux grains de poudre des formes géométriques
ayant des surfaces de plus en plus étendues (parallélépipèdes,
paillettes, feuilles cylindres pleins, cylindres creusés
d'un trou central ou de trous multiples selon l'axe longitudinal).
Ses différentes formes permettent d’avoir des
grains de poudre dont la surface varie ou demeure pratiquement
constante durant la phase de combustion.
• Caractéristiques
mécaniques des grains de poudre
Les
grains de poudre devront présenter une bonne résistance
mécanique car, lors de leur combustion et de la montée
en pression, ils seront soumis à des contraintes
mécaniques importantes. Ils ne devront pas se briser
sinon leur forme sera évidemment modifiée
de même que leur vitesse de combustion et, in fine,
la vivacité de la poudre.
• Allumage
de la poudre
La
combustion de la poudre est initiée par un système
d’allumage. Pour les armes de petits calibres, on
utilise une amorce placée au culot de l’étui.
Cette amorce contient un explosif primaire par nature peu
puissant, au regard d'autres explosifs, mais très
sensible au choc et, en général, aux contraintes
extérieures.
Parmi les explosifs utilisés, on trouve le styphnate
de plomb autrement appelé trinitrorésorcinate
de plomb et le fulminate de mercure qui, relativement instable,
tombe en désuétude.
• Mécanisme
d'allumage
Lorsque
l’amorce est frappée par le percuteur, la déflagration
de l’explosif qu’elle contient projette des
gaz à haute température et des particules
incandescentes qui vont enflammer la poudre. Des gaz chauds
vont être émis à la surface des grains.
Idéalement,
tous les grains de poudre devraient être enflammés
simultanément, la pression en chambre devrait monter
rapidement jusqu’à son maximum, y rester jusqu’à
la combustion totale de la poudre et se détendre
à partir de cet instant. Ainsi la vitesse du projectile
serait optimisée.
En
réalité, il n’en est rien. Une poudre
" sans fumée " donne une pression qui augmente
progressivement en fonction du temps et reste à ce
maximum un instant très bref.
La combustion de la poudre n’est jamais complète.
De plus, il existe des ondes de pressions, prenant naissance
dans les régions où la poudre s’enflamme,
qui se propagent jusqu’aux limites de l’étui
et au culot du projectile où elles se réfléchissent
et peuvent interférer en certains points. Le champ
de pression dans la chambre n’est pas homogène
et ce phénomène très complexe peut
influer sur les contraintes mécaniques subies par
les parois de la chambre et la vitesse de combustion des
grains de poudre.
Quoi
qu’il en soit, après l'allumage, la pression
en chambre croît et les gaz chauds viennent pousser
sur le culot du projectile. Ce dernier ne bougera pas tant
que la force générée par la pression
des gaz sur son culot sera inférieure à celle
due aux frottements statiques de son sertissage sur l’étui
qui sont un facteur important de la montée en pression
initiale en chambre.
• Mouvement du projectile dans le canon
A partir de l'ignitiation de l'armorce, il est intéressant d'étudier l'évolution temporelle de trois phénomènes dans la chambre et le canon d'une arme.
La
pression en chambre continuant de croître, le projectile
va commencer à avancer et se trouver face à
de nouveaux frottements qui présenteront une résistance
à son déplacement.
Cette résistance dépend du type de stabilisation
choisi pour le projectile. Pour les projectiles stabilisés
par rotation la résistance à l’avancement
la plus importante du cycle balistique sera la prise de
rayures.
En effet pour communiquer au projectile le couple de rotation
lui permettant d’atteindre sa vitesse de rotation
optimale, les rayures de l’âme du canon devront,
pour les armes de petits calibres, pénétrer
relativement profondément dans sa chemise. Les obus,
pour leur part, sont dotés d'une ceinture de matériau
ductile dont l’un des rôles est d’interagir
avec les rayures du canon.
Le
mouvement du projectile a pour conséquence une augmentation
du volume de la chambre de combustion, phénomène
qui devrait entraîner une diminution de la pression.
Mais la vitesse de combustion de la poudre augmente rapidement
avec la pression, et des pressions très élevées
sont atteintes avant le mouvement du projectile. La résultante
de ces deux phénomènes antagonistes est l’atteinte
rapide du maximum de pression dans la chambre. Ce maximum
se produit généralement peu après la
prise de rayures alors que, idéalement, on souhaiterait
le voir se produire au moment de la prise de rayures.
C’est
lors de cette prise de rayures que les forces de frottement
entre le projectile et l’âme du canon sont les
plus nombreuses et importantes. Elles s’opposent à
la progression du projectile et sont principalement dues
à :
- la force nécessaire à la prise de rayures
- la force due aux frottements axiaux lors de l’avancement
du projectile
- la force due à l’accélération
angulaire du projectile inhérente à son moment
d’inertie
- la force due aux frottements entre le projectile et la
paroi du tube lors de sa rotation.
Après
la prise de rayures, la vitesse du projectile croît
très rapidement durant le temps de combustion de
la poudre. La courbe représentative de cette vitesse
s’infléchit rapidement à la fin de la
combustion pour tendre vers une vitesse à peu près
constante peu avant la sortie du tube à condition
qu’il existe une bonne adéquation entre le
type de poudre et sa quantité, la masse du projectile
et la longueur du canon.
A la sortie du projectile du canon, nous entrons dans le
domaine de la balistique intermédiaire.
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