| LA
BALISTIQUE LESIONNELLE |
J.J. Dorrzapf
IV
- LES MOYENS EXPERIMENTAUX DE LA BALISTIQUE LESIONNELLE
IV
- 1 - Les matériaux biologiques
Les
expérimentations en balistique lésionnelle
nécessitent l'utilisation de matériaux biologiques.
L'expérimentation animale, réalisée
sous contrôle de comités d'éthique,
permet de mettre en évidence des phénomènes
physiologiques tels que : hémorragies, oedèmes,
emphysèmes, états de choc qui ne peuvent bien
évidemment pas être observés sur des
matériaux inertes.
Ces observations sont absolument indispensables à
l'étude et au développement des protections
balistiques, en particulier pour apprécier l'importance
des effets traumatiques arrières dus à l'impulsion
du projectile qui déforme la protection.
L'évaluation des A.L.R. à effets cinétiques
demande également de visualiser l'existence ou non
de lésions d'organes profonds et sous-jacents à
la zone d'impact ainsi que les conséquences physiologiques
de leurs actions.
L'épidémiologie
fait également partie des moyens d'obtenir des informations
sur les lésions par balles.
On peut seulement déplorer, dans ce cas, la non connaissance
des conditions initiales (vitesse du projectile, obliquité,
angle d'incidence, etc.) lors de l'impact.
L'épidémiologie est cependant un très
bon complément à l'expérimentation
en laboratoire.
IV
- 2 - Les matériaux de référence
Autrefois
appelés improprement " simulants ", ils
sont considérés maintenant comme des "
matériaux de référence ". Ils
ont des caractéristiques mécaniques plus proches
des tissus biologiques que leurs prédécesseurs
: savon, argile, " plastiline ". Ces derniers
matériaux étaient très utilisés
car, aisés à obtenir et de prix modéré,
ils gardaient, de par leurs plasticités, les déformations
(cavités) produites par le passage des projectiles.
Le principal problème était que ces cavités,
parfois impressionnantes, représentaient uniquement
l'action de ces projectiles dans les matériaux considérés
dont les caractéristiques mécaniques sont
très éloignées de celles des tissus
vivants. Les diverses études en balistique lésionnelle
ont rapidement montré leurs limites.
Ces matériaux ne sont cependant pas à rejeter
systématiquement. La " plastiline ", en
particulier, est encore utilisée, faute de mieux,
lors des tests sur les protections balistiques souples afin
de vérifier leurs correspondances avec des normes
relatives aux enfoncements arrières qui avaient été
établies par rapport à ce matériau.
Ces méthodes de tests s'avèrent néanmoins
dépassées et l'on utilise maintenant de nouveaux
produits dont les caractéristiques mécaniques
sont bien plus proches de certains tissus vivants.
Actuellement,
le matériau le plus utilisé par les laboratoires
de balistiques est la gélatine à une concentration
de 10 ou 20 % (tout dépend du protocole de test adopté)
à une température de 5 degrés C.
La
gélatine est un matériau organique (une protéine)
fabriqué à partir du collagène des
os et de la peau animale. C'est un matériau élastique
qui donne de bonnes indications sur le comportement des
projectiles dans certains tissus organiques. La gélatine
à 10 % de concentration et à 5 degrés
C présente, en l'occurrence, une bonne similitude
avec le tissu musculaire au repos au sens des distances
de pénétration.
En se gardant de toute comparaison directe et trop hâtive,
l'étude des comportements des projectiles dans ce
matériau permet de les extrapoler aux tissus vivants
et d'avoir une bonne idée des lésions que
l'on obtiendrait sur ces derniers.
La gélatine est également utilisée
pour mesurer le cône dynamique d'enfoncement sur les
protections balistiques individuelles (effets arrières).
Ces mesures nécessitent l'utilisation de moyens de
visualisation à très haute vitesse (#30000
images/secondes) lourds d'emploi et onéreux. C'est
une des raisons pour lesquelles certains laboratoires hésitent
à abandonner la " plastiline "pour ce genre
de tests. En effet, ce matériau, plastique, garde
la forme de l'enfoncement que l'on peut mesurer aisément
après le tir. L'extrapolation aux effets arrières
sur un corps humain et aux organes atteints est une gageure
compte tenu de la divergence de leurs caractéristiques
mécaniques mais permet cependant une approche.
Comme
on vient de le décrire ci-dessus, la gélatine
est utilisée pour étudier le comportement
des projectiles selon deux modes d'actions :
- mode contondant : A.L.R., effets arrières...
- mode pénétrant ou transfixiant : études
des traces laissées par le projectile durant son
passage (profil lésionnel).
V - LE PROFIL LÉSIONNEL
La
notion de profil lésionnel est en quelque sorte la
pierre angulaire de la balistique lésionnelle. Il
caractérise l'interaction du projectile avec le matériau
qu'il traverse, la nature et l'importance des lésions
sur tissus biologiques.
La forme et les dimensions de ce profil lésionnel
dépendent des caractéristiques mécaniques
du milieu traversé, de celles du projectile, de la
manière dont ce dernier se comporte : fragmentation,
expansion, déstabilisation, bascule etc. Tous ces
paramètres dépendent également de la
vitesse du projectile lors de l'impact ainsi que de
son obliquité.
On
trouvera ci dessous le schéma d'un profil lésionnel
type dont on peut lier le volume, donc le travail mécanique nécessaire à sa formation, à l'énergie cinétique du projectile
A
: trajet proximal (neck en anglais)
B : zone de bascule, d'expansion etc. (selon le type de
projectile)
C : trajet distal
1 : cavité permanente
2 : cavité temporaire
L'analyse
du profil lésionnel dans la gélatine peut
s'effectuer soit en mode statique, après le tir :

AK
74. V = 892 m/s.
Gélatine à 10 %, T = 5° C.
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soit
en mode dynamique pendant le tir :
Vidéo rapide d'un tir d'AK 74 (5,45 mm x 39) sur un bloc de gélatine à 10% et 5° C.
Dimensions du bloc : 25 x 25 x 50 cm.Vitesse du projectile : 892 m/s
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VI
- LA SIMULATION NUMERIQUE.
VI
- 1 -Position du problème
L'ordinateur
peut-il apporter l'espoir de s'affranchir un jour des méthodes
expérimentales actuelles ?
Pour
l'instant, il est clair que l'informatique n'est pas d'un
grand secours pour prévoir le potentiel lésionnel
d'un projectile tiré par une arme à feu classique
ou à létalité réduite ou encore
l'intensité d'un traumatisme en arrière d'un
gilet pare balles atteint par un projectile.
En
effet, si l'on considère la question suivante concernant,
par exemple les A.L.R. : soit une balle en caoutchouc mousse
de telles dureté et masse, de tel calibre lancée
à telle vitesse dans une région thoracique
donnée. Je souhaite savoir si je vais avoir une ou
des fractures de côtes et de quel type ? Si l'impact
risque de provoquer une perforation de la plèvre
entraînant un pneumothorax voire un hémo-pneumothorax
? Si une contusion pulmonaire sera présente et de
quelle importance. Quid d'une hémorragie, d'un oedème
et/ou d'un emphysème et de la survenue éventuelle
d'un état de choc ?
On pourrait poser la même question concernant un impact
en région hépatique, splénique (région
de la rate). Pas plus de réponse pour le crâne
: fractures ou pas ; avec embarrure ou non présence
de lésions de l'encéphale ?
Actuellement,
aucun ordinateur et aucune société créant
des moteurs de calculs n'ont pu répondre à
ces questions, somme toute relativement simples dans leurs
énoncés, et auxquelles il faut bien répondre
avant de mettre un matériel en service. Toutefois,
s'il existe une entreprise capable d'y répondre précisément,
nous serions heureux qu'elle nous contacte.
Pourtant, on sait simuler des impacts sur des matériaux,
des blindages, des déformations de structures complexes.
Alors pourquoi pas le corps humain ?
La raison en est simple.
V
- 2 - La simulation numérique aujourd'hui
La
simulation numérique utilise une méthode de
calcul par éléments finis. C'est à
dire que si l'on souhaite connaître, par exemple,
le comportant d'une structure face à un impact, on
va décomposer cette structure en tout petits éléments.
On va prendre un de ces éléments et on va
le soumettre à une déformation dont la vitesse
sera équivalente à celle de la sollicitation
mécanique due au projectile. On définit ainsi
la loi de comportement de cet élément et,
dans le même temps, celle de tous les autres éléments
de la structure. On pourra, de cette manière, prévoir
la déformation de la structure soumise à la
sollicitation. Le problème est que cette méthode
ne s'applique qu'aux structures homogènes, puisque
l'on considère que tous les éléments
de la structure sont identiques à celui dont on vient
de définir la loi de comportement.
De la qualité du maillage générant les voxels (éléments de volume) dépend la qualité de la simulation. L'inhomogénéité du corps humain demande une grande précision de maillage.
La tâche n'est pas aisée, mais les progrès accomplis dans ce domaine sont immenses et les résultats s'améliorent de jours en jours.
V
- 3 - L'avenir de la simulation
Il est évident que l'augmentation constante de la puissance de calcul permettra d'utiliser de plus en plus la simulation qui pourra prédire avec une précision sans cesse croissante les conséquences d'un impact contondant ou transfixiant. La simulation numérique occupera une place prépondérante en balistique lésionnelle et l'expérimentation verra son rôle limité, à certaines phases de l'étude et si nécessaire, à valider les résultats du calcul numérique.
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VI
- CONCLUSION
Cette
rapide présentation de la balistique lésionnelle
a montré, nous l'espérons, que cette discipline
utilise des méthodes scientifiques, parfois parmi
les plus modernes. Elle est en constante évolution.
Les expérimentateurs oeuvrant dans ce domaine doivent
faire preuve d'ouverture d'esprit et de la capacité
de se remettre constamment en question ; avancer des conclusions
uniquement en les étayant sur des faits avérés,
vérifiés et scientifiquement établis
à l'aide, notamment, des moyens fournis par les méthodes
de la mesure physique et du calcul numérique.
Cette indispensable démarche scientifique évite
les spéculations infondées, les déductions
fantaisistes et l'acceptation de théories erronées.
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