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LES ARMES À LÉTALITÉ REDUITE
J.J. Dorrzapf

 

II – 2 – Les armes à létalité réduite anti-personnelles

Les armes à létalité réduite anti-personnelles sont également nombreuses tant il existe de manières variées d’incapaciter un individu. Nous en indiquerons brièvement un certain nombre en commençant par celles qui concernent le moins la balistique lésionnelle, pour terminer par celles à énergie cinétique qui sont susceptibles de générer des lésions plus ou moins graves chez la personne atteinte et qui sont, quant à elles, l'objet d'études et de tests en balistique lésionnelle.

 

II – 2 – 1 - Les armes à létalité réduite anti-personnelles autres qu'à énergie cinétique

On peut dresser un rapide inventaire des ALR-AP autres que celles utilisant l'énergie cinétique d'un projectile, en commençant par les armes psychologiques.
Comme d'autres, ce domaine est vaste, mais il est possible de l'illustrer avec la diffusion, par exemple, de paroles, d’idées ou d’images choquantes, voire insupportables vis à vis du fond culturel ou religieux des individus vers lesquelles elles sont dirigées.

L’épandage de produits psychotropes ou fortement sédatifs sous forme d’aérosols a été à l’étude. Il n’y a rien de vraiment innovant dans ce procédé car il ne s’agit en fait que d’une version « adoucie » de l'usage des gaz de combat.

La biologie n’est pas en reste. La dispersion d'agents bactériens capables d’incommoder, d’affaiblir pour un temps, un groupe d’individus est un bon moyen de freiner voire d'arrêter un adversaire.

La perturbation des sens offre également un large panel de moyens d’incapacitation.
En ce qui concerne la vue, des flashes ou projecteurs de forte puissance aveuglant temporairement l’individu ou des sources lumineuses stroboscopiques réglées sur une fréquence déterminée connue pour déclencher des crises d’épilepsie peuvent être utilisés et certaines le sont déjà.

Des sons plus ou moins discordants émis par des sources sonores de forte intensité deviennent rapidement insupportables à l’ouie. Des sons également de forte amplitude mais de fréquence très basse (infrasons) peuvent être à l’origine de nausées, de troubles de la vision, de désorientations, éventuellement de lésions par la mise en résonance d’organes internes.

L’odorat peut également être attaqué par des substances nauséabondes (hydrogène sulfuré, par exemple) obligeant les occupants d’une zone à la quitter. Les gaz irritants (CS, CN, poivre -oléorésine capsicum-) sont toujours largement utilisés.

Les chocs électriques délivrés par des dispositifs électroniques utilisés au contact ou à distance sont à inclure dans l’arsenal des ALR-AP. On peut parler, à ce sujet, du pistolet à impulsions électriques TASER® qui projette à distance deux dards reliés par des fils conducteurs et dont les trains d’impulsions, générés à une fréquence de récurrence bien déterminée, entraîne une disruption neuromusculaire annihilant toute commande volontaire des muscles se trouvant dans la région d’influence du courant.

Le marquage d’individus à l’aide de substances colorantes, plus ou moins indélébiles et détectables dans le visible ou l’ultra violet, permet leur identification à distance dans le temps et l’espace.

Ayant passé en revue, certainement trop rapidement, quelques moyens de frapper d’incapacitation un individu ou un groupe d’individus, nous allons aborder les ALR-AP à énergie cinétique, considérer leurs avantages et leurs inconvénients.

 

II – 2 – 2 - Les armes à létalité réduite anti-personnelles à énergie cinétique

Dans la famille des armes à létalité réduite anti-personnelles, celles à énergie cinétique sont classées au bas de l’échelle de la sophistication. En effet, elles ont pour but de donner un choc, un coup à l’adversaire susceptible de l’incapaciter, pour parler simplement : de le mettre KO ou dans un état proche du KO afin qu'il ne puisse continuer son action. Ce mode de neutralisation remonte à la nuit des temps.
Une condition, cependant : le projectile devra se comporter comme un objet contondant et non perforant.
Occasionner une "simple" douleur est généralement insuffisant tant le seuil de perception de cette sensation est variable selon les individus, leur état d'excitation ou de sujétion à un produit psychotrope (alcool, drogues…)

Ces armes présentent les avantages de leur simplicité : elles sont relativement efficaces, faciles à transporter et à mettre en œuvre (la formation à leur utilisation est simple), leurs effets prévisibles, leur prix peu élevé. Elles peuvent faire l’objet d’une dotation collective ou individuelle.
C’est pour toutes ces raisons qu’elles sont finalement autant utilisées, notamment en France par les forces de l’ordre sous l’appellation de Lanceurs Sub Létaux de Balles de Défense (LSBD).

Les projectiles tirés par ces armes sont souvent réalisés en caoutchouc plein ou alvéolé, parfois en matière plastique souple, afin de minimiser les lésions lors de l’impact. En effet, ces projectiles censés s’aplatir à l’impact, transmettent leur impulsion sur une surface plus grande que leur calibre initial. Les risques de lésions graves des organes internes s’en trouvent diminués.
On trouve également des projectiles constitués d’une enveloppe de matériau divers, caoutchouc, toile, etc. contenant un lest sous forme de poudre, grenaille de plomb ou autre composant dont le but est également de s’étaler le plus possible lors de l’impact.

Les calibres des projectiles, tous matériaux confondus, des ALR - AP sont variables. On peut citer, pour les plus courants :
- 9 mm pour les armes de poing, parfois du calibre 12 à cartouche raccourcie (12-50)
- calibre 12 (caoutchouc, matière plastique) pour les fusils à pompe (mono projectile, bi projectiles, chevrotine)
- calibre 37-38 mm prévu pour ne tirer que des projectiles à létalité réduite et se différenciant du lanceur de 40 mm, capable de tirer des projectiles à létalité réduite et létaux.
- 40 mm tirés par des lanceurs polyvalents (munitions sub létales, et létales).
- 44 mm tel le FlashBall en dotation dans la police nationale française.
- 56 mm pour les projectiles pouvant être tirés par des lanceurs de grenades lacrymogènes de la police nationale française.

Ces ALR-AP à énergies cinétique semblent donc d’une simplicité déconcertante, voire triviale.
Cependant, lorsque l’on soumet ces armes à des tests et des évaluations poussés, on se rend compte que leur simplicité n’est qu’apparente, et que l’exercice consistant à vouloir rassembler dans un lanceur donné des qualités d’efficacité en même temps que de non létalité absolue pour une plage de distances de tir suffisamment étendue pour un usage opérationnel, est proche de la quadrature du cercle.

Ce problème s’explique aisément lorsque l’on considère que l’importance des lésions générées par ces armes est en étroite dépendance avec l’énergie cinétique de leurs projectiles ou, pour être plus en accord avec les observations expérimentales, leurs impulsions ou quantités de mouvement.
En effet, le projectile, comme tous les projectiles, dès sa sortie du canon, perd de sa vitesse, donc de son efficacité ou de sa dangerosité selon les distances d’utilisation pour lesquelles le lanceur a été conçu.
En clair, si l’on étudie un projectile tel qu’il puisse neutraliser un individu à 20 mètres de distance, donc possédant encore suffisamment de vitesse pour être toujours efficace sans pour autant générer de graves blessures aux organes sous-jacents à la zone d’impact, on peut parier qu’à une distance de tir de 2 mètres ce même projectile pourra engendrer des blessures très graves voire mortelles étant donné qu’à cette distance il possède une vitesse bien plus élevée qu’à 20 mètres.
D’une manière schématique on peut considérer que les caractéristiques balistiques des ALR-AP à énergie cinétique doivent évoluer dans une zone plus ou moins étroite dont la limite inférieure représente le seuil d’efficacité et la limite supérieure le seuil de létalité ou de lésions irréversibles.

Les lésions irréversibles posent, à leur tour, un problème d’importance : quel(s) organe(s) doit-on prendre en référence pour évaluer ce potentiel lésionnel ?
Si l’on choisit le foie ou la rate (organes fragiles et fortement vascularisés) tout n’est pas perdu pour les LSBD. Si c’est l’œil, on peut raccrocher définitivement ces lanceurs de balles de défense à leur râtelier quand on sait qu’une simple chiquenaude sur le globe oculaire peut entraîner un décollement de la rétine.
D’où la nécessité pour les concepteurs et surtout les testeurs de ce genre d’armes de mettre au point des protocoles de tests rigoureux afin d’éliminer les risques de létalité ou de blessures graves tout en restant dans une logique opérationnelle.
A cette fin, les testeurs ont pour mission d'évaluer les lanceurs et leurs projectiles afin de déterminer leur potentiel lésionnel et de valider (ou non) ces armes comme répondant aux critères de létalité réduite ou non.
Selon la demande, les testeurs auront la charge de déterminer un seuil énergétique ou impulsionnel pour un usage opérationnel.
A l'heure actuelle, seule la balistique lésionnelle permet d'apporter la réponse à ces questions.

 

II – 2 – 3 - Les promesses du futur : un potentiel lésionnel acceptable et constant sur toute la plage de distances d’utilisation

La solution pour obtenir une efficacité et un potentiel lésionnel acceptables et constants sur une plage étendue de distanced’utilisation passe par la visée télémétrique. La possibilité de déterminer la distance entre le tireur et la cible permettra d’adapter la vitesse de départ, et par conséquent d'impact, du projectile.
Cette idée n’est pas neuve. Elle était freinée par des problèmes techniques qui sont en passe d’être surmontés. Il existe quelques prototypes.

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